Saison 2018-2020

Retour sur la rencontre avec Charles Juliet par les élèves de 1L

Par NATHALIE BIESSY, publié le jeudi 2 mai 2019 16:39 - Mis à jour le jeudi 2 mai 2019 16:39
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Deux élèves de 1L ( Gibert Lucile et Margaux Zeyer) reviennent sur leur rencontre avec le poète Charles Juliet qui s’est déroulée dans le cadre des ateliers curieux au Lycée Descartes :
 

     Le mardi 2 février 2019, les élèves ont été invités à faire la rencontre du poète Charles Juliet dans le cadre des Ateliers Curieux. Nous avons donc pu faire la connaissance de ce poète et écrivain de 84 ans, qui nous a fait partager une partie de son histoire.

 Le poète revient d’abord sur un épisode crucial de sa vie : pendant la Seconde Guerre mondiale, alors âgé d’un mois, il est séparé de sa mère car cette dernière est envoyée en asile psychiatrique en raison d’une dépression. Il raconte que la séparation d'un enfant à l'âge d'un mois d’avec sa mère est dévastatrice car il ne fait pas encore la différence entre son propre corps et celui de sa génitrice. A trois mois, il rencontre sa famille adoptive avec qui il passera sa vie. Nous remarquons qu’en parlant de son passé, le poète se désigne d’abord par “il” qui renvoie au bébé qu’il était, pour ensuite parler de lui à la première personne à partir du moment où il se retrouve chez sa famille d’accueil. Nous nous demandons si cela [est une manière de se protéger] pourrait être une marque d’auto-protection.

     Il a donc grandi dans cette famille et a d’abord travaillé à la ferme avant d’entrer dans une école militaire qui était gratuite grâce aux subventions de l’Etat, et qui suggérait un futur engagement militaire de 15 à 20 ans. Avec du recul, il retient de cette école un bon souvenir, malgré sa dernière année où il a été harcelé par un officier, ce qui ne lui a pas laissé une bonne image de cette école pendant les années qui ont suivi. Il a également été marqué par la rencontre avec une femme qui connaissait sa mère et qui se souvenait du jour où ils ont été séparés. Ils ont pu discuter, et c’est de cette manière qu’il a pu mieux connaître sa mère biologique.

     Son besoin d’écrire se révèle à ses 23 ans, et se montre si fort que Charles Juliet décide d’arrêter ses études de médecine. Malgré tout, il se trouvera face à un “blocage” et n’écrit pas à proprement parler pendant 20 ans, et vit grâce au travail de sa femme. Pour tenter de combler cette forte envie d’écrire, il décide de tenir un journal dans lequel il exprime ses sentiments. Ces écrits qui lui ont permis de faire un véritable travail d’introspection seront à l’origine de ses œuvres autobiographiques. Il s’est plongé dans la connaissance de lui-même à travers ses textes et sa poésie. Il n’écrit que la vérité, pas de fiction. Ses œuvres sont principalement des poèmes, dans lesquels il ne cherche pas de lyrisme mais plutôt la simplicité. Il est très exigeant avec lui-même vis-à-vis de l'écriture et c'est, selon lui, pour cette raison qu'il n'a pas pu écrire pendant tant d'années. Il voulait faire quelque chose de tellement parfait, alors qu'il avait une connaissance réduite de l'écriture, qu'il a d'abord dû s'instruire, lire ce qu'il trouvait avant de se tourner vers des “classiques”, pour ensuite se lancer dans un réel travail d’écriture. C'est donc pour cela qu’il a d’abord seulement désiré retranscrire des idées, des émotions de sa vie quotidienne.

     Dans une seconde partie de la rencontre, des élèves de seconde 14 ont lu un extrait de Lambeaux, un roman autobiographique dans lequel Charles Juliet célèbre ses deux mères : celle qu’il n’a pas connue, et celle qui l’a recueilli comme son propre fils. Il nous présente ensuite son parcours, ses premières écritures qui vont mener à un thème bien particulier : la quête de soi. 

     La rencontre s’est terminée sur une série de questions, nous en avons retenu trois :

A la question de savoir ce qu’il a ressenti lors en recevant des prix littéraires, Charles Juliet répond qu’aucun prix littéraire ne lui importe car il n’écrit pas dans le but d’en recevoir mais uniquement pour le plaisir de la littérature. Être nominé pour un prix ne lui apporte aucune joie, et le recevoir ne l’émeut pas davantage ; il ne ressent que de la surprise face à cette reconnaissance de son travail.

Ayant remarqué la façon dont Charles Juliet parle de sa petite enfance, c’est-à-dire à la troisième personne, nous lui avons demandé s’il avait érigé une sorte de barrière entre lui-même et les événements sur lesquels il écrit. A cela, il a répondu que dans un sens oui, car ce qu’il a vécu l’a fortement marqué. Afin de pouvoir écrire sur son passé, il a donc dû prendre du recul. Il a beaucoup réfléchi sur cela et sur lui-même, et l’écrire lui a permis de l'extérioriser.

Enfin, le dramaturge François Hien lui a demandé s’il ne se lassait pas d’écrire sur lui-même, s’il ne souhaitait pas s’essayer à un autre genre littéraire. Le poète a répondu négativement, affirmant qu’il aimait ce qu’il faisait et qu’il ressentait un besoin d’écrire sur lui-même. Il a observé qu’Il n’éprouvait pas l’envie d’écrire sur autre chose. Il a enfin réaffirmé une grande exigence formelle, quête qui le conduit à viser l’écrit le plus parfait possible. Ses poèmes sont ainsi écrits et réécrits de nombreuses fois, sur des feuilles qui deviennent noires de ratures et de corrections, jusqu’à “ne plus pouvoir bouger une virgule”.